Egoïste la motion C ?
Pour tordre le cou à l'idée selon laquelle la motion C ferait la promotion du protectionnisme. (donc de la guerre, pourquoi pas de la peste et du choléra ...)
Deux idées fausses circulent dans le débat interne du PS, qui relèvent tout à fait de la pensée unique en France.
La première concerne les éventuelles restrictions au libre échange( par la mise en vigueur de la préférence communautaire et du tarif extérieur commun créés en 1957 par le Traité de Rome instituant le marché commun).
Selon certains de nos camarades, cette position de la motion C relèverait d'un protectionnisme frileux et pas du tout moderne, et serait marquée par un profond égoïsme, en étant peu généreux avec les pays peu développés censés profiter du libre échange.
C'est exactement le contraire dans les faits.
La généralisation du libre échange pousse les pays les plus pauvres à l'hyper spécialisation de certaines productions (coton par exemple) et à l'agriculture productiviste. Cela est fait au détriment des nécessaires productions vivrières, (produits agricoles principalement de première nécessité) que ces pays sont contraints à importer à prix élevés.
Dans certains pays émergents, le développement du libre échange est très profitable aux élites de ces pays, qui touchent un pourcentage des transactions au passage. L'immense majorité de la population ne ramasse que les miettes du festin. (cf les milliardaires russes de la côte d'azur et autres dont les exemples abondent).
De notre côté, on connaît les effets dévastateurs du libre échange généralisé chez nous : emplois détruits, services publics démantelés, avantages sociaux rognés, ...
La deuxième idée fausse concernant la globalisation de l'économie mondiale consiste à affirmer que puisque cette tendance est irréversible, il faut pousser la division internationale du travail et se spécialiser vite et sans hésiter. Et de nous tourner résolument vers l'économie de la connaissance, de l'intelligence et de la matière grise, en abandonnant le reste. Certes sur ce terrain les pays occidentaux, dont l'Europe, ont sans doute une petite longueur d'avance.
Quelle prétention et quel mépris !
Imagine-t-on que notre avance puisse se maintenir et s'accroître éternellement à l'heure du transfert international - incontrôlable et irréversible celui-là - des méthodes, des brevets, des technologies et même des chercheurs ?
Pense-t-on à une éventuelle supériorité naturelle des occidentaux face à la qualité évidente des vieilles civilisations chinoise, hindoue et autres ?
N'oublions pas que les Chinois vont déjà dans l'espace, que l'Iran et le Pakistan savent fabriquer une bombe atomique, que la troisième fabrique d'ordinateurs au monde (Lenovo) se trouve en Chine et que le quatrième constructeur automobile du monde (Tata Motors) est un groupe indien.
Le libre échange généralisé ne doit plus être un dogme, et la protection de notre économie, de nos emplois, de nos avantages sociaux ne doivent plus être un tabou.
L'économie mondiale s'organise dans le cadre de grands marchés régionaux (du type de l'Europe), suffisamment larges pour éviter des replis protectionnistes qui seraient insuffisamment stimulants pour l'innovation, mais au sein desquels la compétition peut se réaliser sur des bases sociales et environnementales assez homogènes.
C'est cela qu'il faut privilégier en passant des accords de coopération adéquats de grande région à grande région.
C'est ainsi que chaque économie, plus ou moins riche, pourra mieux protéger ses travailleurs et ses droits acquis, tout en permettant la progression de nouveaux droits sociaux et environnementaux dans des économies aux structures équilibrées respectant le développement durable.